René BAZIN un PIONNIER inconnu

Qui était René BAZIN ?

René BAZIN est né à NANTES le 20 Novembre 1894. Ses parents, d’origine modeste, sont alors concierges d’immeuble.
Quelques années plus tard, ils achèteront une épicerie-buvette quai de la Fosse.
C’est vers sa douzième année que René BAZIN découvre l’aviation. Il lit les revues de l’époque et se passionne pour les exploits des aviateurs.
Après son certificat d’études, il entre aux Chantier Naval de NANTES comme apprenti chaudronnier avec des journées de douze heures.
L’écho des progrès de l’aviation lui parvenait dans sa lointaine province: les noms de WRIGHT, SANTOS-DUMONT, et FARMAN lui étaient devenus familiers.
En 1910, il suit avec passion la préparation d’un grand meeting aérien sur la prairie de Mauves. Il y découvre MORANE, BATHIAT, HENRIOT, NIEL et bien d’autres.
Son apprentissage terminé, il travaille dans diverses entreprises jusqu’au jour où, en 1912, dans les petites annonces du journal l’AUTO, il lit l’offre suivante: « Ateliers d’Essais Henri FARMAN demandent bon chaudronnier »
Par courrier il pose sa candidature, elle est acceptée.
C’est ainsi qu’il se retrouve à TOUSSUS LE NOBLE. Il n’y a pas assez de travail en chaudronnerie, il en profite, avec l’aide des mécaniciens, pour s’initier à l’entretien, au montage et au démontage des moteurs.
Bientôt, il fera de la piste et, un beau jour de 1913, ce sera son baptême de l’air.
1914: c’est la guerre…!

René BAZIN espérait être incorporé dans l’aviation, il se retrouve dans l’infanterie.Il avait vingt ans. Il connaitra la vie des tranchées avec la faim, le froid, la soif, les obus, les gaz.Son courage comme agent de liaison lui vaudra d’être cité à l’ordre de l’armée.

René BAZIN n’a pas abandonné l’espoir d’être affecté à l’aviation. Il est recalé plusieurs fois pour un problème de myopie jusqu’en Juin 1915 où il apprend qu’il est muté comme mécanicien à Dijon.

René BAZIN veut piloter, et malgré ses problèmes de vue, et grâce à la compréhension d’un médecin, en Octobre 1915, il est affecté comme élève pilote sur CAUDRON à l’école de JUVISY. Il se révèle être un pilote habile et doué de sang-froid.
le 20 Janvier 1916, il est breveté et nommé sergent. Il est retenu pour être moniteur, à raison de 25 à 30 vols par jour, il forme de nombreux pilotes.

Fin Juillet, il demande son affectation dans une unité combattante et  part en perfectionnement à AVORD et CHATEAUROUX. il est lâché sur bimoteur CAUDRON R4 triplace.

Ses premières missions consistent à faire de la reconnaissance, du guidage d’artillerie et du bombardement.

Le 10 Février 1917, attaqué par un FOKKER au dessus des lignes allemandes, le pilote et le navigateur sont blessés, un moteur est arrêté mais l’avion allemande est malgré tout abattu. Cette victoire vaudra une citation à l’équipage et la médaille militaire à René BAZIN qui a aussi été nommé adjudant.

Le 25 Août se place une anecdote: le Général MAURIN (Père des généraux Philippe et François MAURIN) commandant l’artillerie lourde, souhaite se rendre compte des effets destructifs de ses grosses pièces. Il prendra la place de l’observateur-mitrailleur avec René BAZIN comme pilote.

L’année 1917 voit la disparition de nombreux camarades, les périodes de repos se transforment en périodes de formation pour les jeunes pilotes.

Le moral de notre adjudant n’est pas au beau fixe, l’enthousiasme n’y est plus, les missions sont de plus en plus risquées.

Il est cité à l’ordre de l’aéronautique de la 2e armée le 31 août 1917 : « pilote de premier ordre, d’un courage et d’une habilité remarquables. Au cours des dernières opérations du 11 au 15 août 1917, a permis aux observateurs d’exécuter avec succès de nombreux réglages d’ALGP à très grande distance. En plus de son travail normal de réglage d’artillerie, a effectué le 18 août 1917, une reconnaissance photographique de 150 km dans les lignes ennemies ».

Janvier 1918, les américains arrivent, il faut les former à la photo, au réglage d’artillerie, etc… Les missions de reconnaissance sont de plus en plus nombreuses. La chasse ennemie est désormais très active. Notre pilote vole sur CAUDRON R11, avion plus rapide et surtout super armé. Le moral est de retour.

Le 9 Juin a lieu un attaque allemande sur tout le front. René BAZIN est muté dans l’Aviation de Reconnaissance sur avion FARMAN. Il est moniteur à l’école d’observation. Le 18 Juillet prend place la contre attaque victorieuse des français.

Vers Mi-Août, au cours d’une permission à NANTES, René BAZIN rencontre l’adjudant HOUSSAIS, à la recherche d’un terrain en vue d’ouvrir une liaison postale PARIS-SAINT NAZAIRE pour acheminer le courrier des soldats américains. HOUSSAIS recherche aussi des pilotes, BAZIN se porte volontaire et grâce à quelques interventions, il est affecté à l’aviation postale.
La ligne PARIS-SAINT NAZAIRE devient la première liaison postale au monde.
Cette ligne est composée de deux tronçons: PARIS-LE MANS et LA BAULE ESCOUBLAC-LE MANS.
Tous les jours, deux avions partaient en même tempsde PARIS LE BOURGET et de LA BAULE ESCOUBLAC. Ils se retrouvaient au MANS où les sacs postaux étaient échangés.
René BAZIN est affecté à la BAULE ESCOUBLAC, sur avion bimoteur LEFORT, de nombreuses péripéties émaillent ces liaisons avec pannes, atterrissages en pleine campagne…
C’est dans ces circonstance que survint la fin de la guerre, la fin d’un cauchemar…!

A la « POSTALE » les liaisons continuent, les LETORT trop fragiles sont remplacés par des BREGUET XIV plus rapides.
Le 11 Janvier 1919, René BAZIN est affecté à la ligne PARIS-BRUXELLES
En Juillet 1919, retour à ESCOUBLAC, puis en Septembre 1919 c’est la démobilisation et la recherche d’un travail.
Tout naturellement, BAZIN se présente chez FARMAN. Étant donné ses états de service et son expérience, il est embauché.
Quelques mois plus tard, il est convoqué par ROUGERIE, son patron: on lui propose de partir pour la COLOMBIE pouyr y faire du transport de courrier, de passagers et de marchandises, entre la côte Atlantique et la capitale BOGOTA.
BAZIN n’hésite pas, il accepte et partira avec un autre pilote, son camarade JORDANET, ainsi que 2 mécaniciens, GOUPIL et GEORGES.
Début Décembre 1919, il embarque au HAVRE pour NEW-YORK. Sur le paquebot, il fait la connaissance de d’un pilote réputé à l’époque pour avoir survolé BERLIN pendant la guerre: Anselme MARÉCHAL. Celui-ci lui confie que des hydravions seraient plus adaptés à ces futures missions car il sera difficile de créer des terrains d’atterrissage alors que la COLOMBIE offre de nombreux plans d’eau constitués par les fleuves.
MARÉCHAL lui donnera également une véritable leçon de pilotage simulée sur mer et sur rivière.

Le 23 Décembre, nos voyageurs embarquent sur un bananier à destination de CARTHAGÈNE.

A leur arrivée, on les emmène à BARRANQUILLA sur le fleuve Magdalena à une dizaine de kilomètres de la côte. C’est là qu’ils s’installeront. On trouve un terrain et un artisan pour y construire un hangar, et à la mi-janvier, le premier avion triplace FARMAN 40 arrive en caisses.

Le 14 Janvier, premier vol. Les jours qui suivent sont consacrés à donner de nombreux baptêmes de l’air et, le 22 Février, c’est l’inauguration de la ligne aéropostale « CARTHAGENE-BARRANQUILLA »
Une liaison par semaine était réservée à cette activité, les autres jours on transportera des passagers.
Maintenant, deux avions sont exploités. La presse locale relate sans arrêt les exploits de nos français qui deviennent des héros nationaux.
Nous sommes le 29 Avril 1920. Ce jour-là, JORDANET décolle avec deux passagers pour un baptême de l’air.
Aussitôt après le décollage, l’avion s’écrase au sol. Cet accident a pour conséquence de réduire sensiblement le nombre de baptêmes de l’air…

L’activité postale se développe et c’est alors que BAZIN propose à la compagnie locale de transformer l’appareil restant en hydravion. FARMAN envoie des flotteurs et le projet devient réalité.
BAZIN se souvient des conseils de MARÉCHAL et n’a aucune difficulté à prendre l’appareil en main.
Il est nécessaire de disposer d’un deuxième pilote, c’est Félix FRATOKI, pilote confirmé qui arrive à la mi-juin. BAZIN devient responsable du détachement et se rend à MEDELIN ou il rencontre les dirigeants de la compagnie colombienne. Il y apprend qu’il recevra bientôt un FARMAN GOLITH pour 14 passagers. A1 son retour à CARTHAGENE, il apprend que son camarade FRATOKI s’est tué la veille. BAZIN s’interroge: quelle confiance les colombiens vont-ils accorder à l’aviation?
Entre temps, le GOLIATH est arrivé et on procède à son montage.
Le vol d’essai a lieu le 25 Septembre. Le premier vol officiel embarque des journalistes. Il dura plus de 5 heures.
L’activité du GOLIATH cesse le 31 Octobre sur ordre de la compagnie: le GOLIATH est équipé d’un moteur SALMSON, ce constructeur est accusé en FRANCE d’avoir été négligeant quant à la qualité des aciers qu’il utilise.De nombreux accidents en ont été la conséquence. L’état français réclame 26 millions à SALMSON. L’aventure GOLIATH est terminée. Un nouveau F40 a été monté, de nouvelles escales sont créées grâce aux flotteurs et au fleuve Magdalena.

En Septembre 1920, la compagnie colombienne d’aviation cesse toute activité et décide de mettre fin au contrat des français. Le 15 Février 1921, René BAZIN quitte la Colombie.
Arrivé à NANTES, il cherche une situation. Le pécule qu’il a constitué en Colombie lui permet de reprendre une petite affaire de plomberie chauffage.
Fin Juillet 1921, René BAZIN se marie, mais sa jeune épouse décède un mois plus tard.
L’activité professionnelle marche au mieux, l’entreprise prend son essor, on embauche.
Pour se changer les idées, BAZIN a besoin de retrouver l’aviation: il vole à ANGERS et à NANTES.
Fin Janvier 1923, il épouse celle qui sera la mère de ses nombreux enfants.

C’est en Octobre 1929 qu’avec quelques amis mordus d’aviation il crée l’Aéroclub de la BAULE dont il sera le premier président.
Il préside également les Médaillés Militaire, et participe aux activités des anciens combattants, des syndicats d’initiative et de l’union des commerçants.
ESCOUBLAC devient propriété intercommunale et s’ouvre à la circulation aérienne publique.
En 1932, René BAZIN achète un avion: un CAUDRON LUCIOLE. Il participe à de nombreux rallyes et meetings.
En 1934 ESCOUBLAC devient le siège de l’aéroclub: on y construit hangars et club-house.
Chaque année, René BAZIN fait une période militaire à TOURS. Il avait été nommé Sous-Lieutenant en 1928, Lieutenant en 1931. En décembre 1933, il est fait chevalier de l’ordre de la Légion d’Honneur.
Il consacre énormément de temps à l’aéroclub qui a maintenant 3 avions dont un quadriplace, un mécanicien à plein temps et un moniteur chef-pilote: René MARCHESSEAU.
La BAULE voit les exhibitions de Marcel DORET, Michel DETROYAT, Jérôme CAVALLI, Maryse BASTIE et Maryse HILZ, René BAZIN y rencontre également Jean MERMOZ, René COUZINET, Hélène BOUCHER, Joseph LE BRIX, Dieudonné COSTES… etc.
Tout allait pour le mieux, pourtant le 30 Août 1936 la chance l’abandonne: MARCHESSEAU se crashe au décollage avec 3 adultes et un enfant à bord. Les parents de l’enfant sont tués, la compagnie d’assurance invoque la déchéance de garantie au motif que les baptêmes de l’air sont payants et qu’alors l’aéroclub devient transporteur et n’est pas couvert pour cette activité.
Le président et deux autres membres de l’aéroclub seront condamnés à verser solidairement 600 000 francs de dommage aux survivants. BAZIN est le seul solvable, c’est la ruine ! La condamnation est confirmée en appel en Juillet 1939. En Septembre, c’est la guerre !
L’affaire est mise en attente, BAZIN est mobilisé et nommé capitaine. Il participe au convoyage de nombreux avions vers la zone sud. Après la défaire, il est démobilisé et rejoint la BAULE, son entreprise est en léthargie, elle connait les vicissitudes de l’occupation.
En Juin 1942 la Fédération Aéronautique de Franceorganise un congrès des aéroclubs à GRENOBLE. BAZIN s’y rend et profite de cette occasion pour narrer ses déboires et demander leur concours financier aux participants. La FFA prend les choses en mains en écrivant à tous les aéroclubs. Par ailleurs, les prétentions des poursuivants, suite à des tractations, se réduisent à 370 000 francs.
79 clubs de la métropole plus les aéroclubs de l’Indochine, d’Afrique du Nordet de Côte d’Ivoire souscrivent et permettent de désintéresser les poursuivants.
Quand survient la fin de la guerre, il faut relancer l’entreprise et, le virus de l’aviation ne l’ayant pas quitté, les activités de l’aéroclub reprennent.

En 1950, René BAZIN est promu Officier de la Légion d’Honneur.
Il vole de temps en temps, ses affaires ne lui laissent pas assez de temps.
En 1962 il renouvelle sa licence de pilote. Il a 68 ans et fait valoir ses droits à la retraite, cédant l’entreprise à l’un de ses fils.
A la fin de la même année, il reçoit un courrier officiel de COLOMBIE l’invitant aux festivités du cinquantenaire de l’Aviation Postale.
Il s’y rend l’année suivante accompagné de l’une de ses filles. Il y reçoit un accueil très chaleureux, retrouvant de nombreux amis, prenant la arole lors de la réception officielle. La photo de René BAZIN figure dans tous les journaux locaux.
Un hommage particulier est rendu aux deux pilotes JORDANET et FRATOKI morts en service aérien en COLOMBIE.
A son retour,toute sa nombreuse famille l’attend à PARIS. Il venait de revivre le commencement de sa carrière aéronautique.
Il effectue son dernier vol le 30 Novembre 1970, jour de ses 70 ans.
René BAZIN décèdera accidentellement en 1973.
Il était Officier de la Légion d’Honneur, titulaire de la Médaille Militaire, de la Croix de Guerre 14/18 avec 5 citations et de la médaille d’honneur de l’Aéronautique.
Il est à l’origine, le 24 Octobre 1965, de la création du Groupement des Vieilles Tiges qui porte son nom.

Cette biographie de René BAZIN est l’œuvre de François POUTREL, ancien président du groupement René BAZIN, qui s’est appuyé sur les informations et la documentation qu’a pu lui fournir la famille BAZIN, et notamment Madame MARCHE.

 

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