En 1957, alerte à la bombe à bord d'un L-1049 d'Air
France
Le dimanche 26 septembre 2004, suite à
un appel téléphonique anonyme d'alerte à
la bombe, le vol Athènes New York de la compagnie Olympic,
effectué par un Airbus 340-300, s'est posé à
Londres Stansted en urgence.
Le surlendemain, 28
septembre, un appareil de la même compagnie, effectuant
le même trajet, s'est dérouté sur Shannon
en Irlande pour la même raison
et, après vérifications
négatives, les deux avions ont repris leur vol vers New
York.
Ces deux événements m'ont rappelé
que ce genre d'ennui n'arrive pas qu'aux autres
en effet
je me souviens du déroulement de ma 326ème traversée
de l'atlantique le 19 juillet 1957, il y a presque un demi siècle.
Le vol d'Air France New York Paris était
effectué à cette époque au départ
d'Idlewild, (JFK actuel), par un Super Constellation 1049, ce
jour par le F-BGNH.
Après un décollage à
0h05 GMT sur la 13 Gauche, nous devions atteindre Orly environ
11h50 plus tard. Arrivé à l'altitude de vol, le
commandant de bord Moreau effectuait la visite, rituelle à
cette époque, auprès des passagers avant que l'hôtesse
et les deux stewards servent le repas du soir.
Nous étions donc en palier très
au large de Boston, car la route de temps minimum du jour était
assez proche de la loxodromie New York Paris, donc très
au sud, en mer dès le départ.
Je commençais à pratiquer ma navigation
hauturière, astronomie et LORAN, quand le copilote-radio
Emond m'appelle et me montre le PV radio, je lus : " Return
immediatly to BOSTON bomb on board "
donne moi vite
le cap pour Boston me dit-il tout en virant déjà
sur la gauche.
Après le calcul du cap, j'allais
très vite en cabine prévenir le Commandant Moreau,
très discrètement, de revenir au poste afin de
prendre les dispositions compatibles à une telle situation.
Peu de temps plus tard, nous pûmes
constater que nous étions accompagnés par deux
avions de chasse US, de nuit, on apercevait les feux de position
protecteurs
pas trop près de nous quand même,
on ne sait jamais !
Priorité pour l'atterrissage à
Boston
en 04
à 2h45 GMT nous étions
stoppés en bout de piste loin de tout avion, entourés
d'hommes type grenouilles
L'escabeau approché, les passagers,
informés du problème, descendent le plus rapidement
possible
et le co-pilote et moi-même descendons par
l'échelle de corde du poste avant, les derniers d'ailleurs,
trop lentement car peu habitués à ce genre de sport
nocturne, sous les regards hilares de certains !
Un bus amena ensuite passagers et équipage
à un hôtel pour la nuit pendant la fouille de l'avion,
sans les bagages évidemment.

Ce que nous ne savions pas, par contre, c'est
que l'appel téléphonique reçu par l'escale
d'Air France New York, disait :
" L'avion d'Air France a une bombe à bord ".
Mais ce soir-là deux avions
avaient quitté Idlewild, un pour Paris et un pour Mexico,
d'où une procédure semblable pour l'autre avion
sur un terrain du sud des Etats-Unis.
Après une fouille infructueuse,
nous pûmes enfin décoller quelques dix heures plus
tard le lendemain matin, à 13h35 GMT, pour arriver à
Orly à 0h09 le 20 juillet.
Pour la petite histoire : Le chef d'escale de
Boston, évidemment présent toute la nuit, nous
raconta qu'à un moment au cours de la fouille, les démineurs
entendirent un tic tac dans une valise de l'équipage
ouverture de la valise avec précaution
(celle du
navigateur
la mienne)
c'était le réveil
qui me permettait d'être à l'heure pour les ramassages
! il n'était pas à quartz !
En conclusion : quel était l'auteur de
cet appel téléphonique si onéreux pour une
compagnie et les services officiels ?
Quelques mois plus tard nous avons appris
qu'un membre du personnel de l'escale de New York, remercié
pour des raisons professionnelles, avait voulu se venger, en
pénalisant des innocents
mais le larcin a été
découvert.
Les raisons des alertes à la bombe ont-elles
changé depuis cinquante ans ?
Jean FOURNIER,
navigateur sur ce vol. |